RIEN

C’était un 18 mars, et je m’apprêtais à passer encore une soirée pas comme les autres. Mais à force de passer des soirées pas comme les autres, peut-on encore dire que l’on passe des soirées pas comme les autres? puisqu’en fin de tout, tous les autres se suivent et se ressemblent. Encore une fois, en somme, ce serait la défaite des vainqueurs, comme mes amis de la lose et moi-même en avons le secret. Mais la lose, la vraie, celle qu’on peut raconter à ses enfants, du genre « Viens chez moi j’habite chez une copine« .

Tout commençait plutôt bien, puisque The Denyals arrivait plus qu’à l’heure. Mais c’était bien évidemment sans compter sur un ampli avarié, qu’ils avaient laissé l’avant-veille et qu’il fallait aller récupérer chez les amis du Café du Stade, à Argelès. Donc, voilà notre ami reparti pour un aller-retour des familles. Mais à ce niveau-là, je pense qu’ils en sont plus à ça près, puisque leur tournée les a emmenés depuis Lille pour faire, dans l’ordre, Argelès, Montaigu du Quercy, Tarbes, La-Sauvetat-de-Savère. C’est même pas dans l’ordre alphabétique. Pendant ce temps-là, on avait rien d’autre à faire que d’attendre Absded, à la bourre comme il se doit. Une crevaison. C’est pas la peine que je développe. L.O.S.E.

A 19h30, on était enfin tous réunis pour préparer le concert qui est censément prévu à 20h00. Donc on allait pas s’embarrasser de quelconques balances. Ça sert à quoi les balances? Si encore y’avait un public, on pourrait faire semblant de vouloir lui faire un joli son, avec des petits rubans, et tout, mais là, en l’occurrence, on est quand même plutôt entre nous, et nos oreilles sont déjà toute fichues, alors, à quoi bon? Voilà, on met les potards à fond, et Absded démarre sur les chapeau de roues, c’est-à-dire trop fort. Mais il suffit de pousser un peu l’ampli pour que le chant ressorte et voilà du bon travail bien fait de sondier loser-à-l’arrache, mais qui se respecte. 40mn brutales, hardcore dans tes valises, prends-toi ça dans les choux. A défaut d’être carré, c’est au moins intense. A notre grande surprise, des gens rentrent dans le bar, et ne s’en vont pas. C’est que ça commence à faire un petit public, tout ça. Chouette! qu’on se dit à ce moment-là, mais est-ce qu’en fait tous ces efforts, toutes ces heures mal utilisées, toutes ces actions improductives, intéresseraient vraiment quelqu’un d’autre que nous? Ben non en fait, ces personnes s’étaient perdues avant d’aller chercher le confort du travail professionnel et bien fignolé d’un groupe qui dort à l’hôtel. Pas de surprise, en fait, et quand The Denyals commence son set garage-rock, on est bien une bonne poignée de manchot à encore assister à ce non-évènement. C’est pas grave, la routine j’ai envie de dire. On, enfin surtout ces glorieux musiciens, savent s’adapter. Je sais pas ce qu’ils en pensent, mais tant qu’à être là, autant y être avec bonne humeur, et puis, quoiqu’il en soit, leur musique ne prête pas à pleurer. Et eux non-plus. Si on rajoute à tout ça une reprise des Talking-heads, je lève mon chapeau! Et de chapeau, justement, je fais tourner celui du CeltiC à la fin du concert, et oh, re-surprise, j’y trouve de quoi s’offrir l’équivalent de 3 entrées à un concert subventionné. C’est énorme en rapport au nombre de contributeurs (que je remercie encore.). Mais c’est peu pour défrayer le nombre de kilomètres et toute l’énergie mise en œuvre pour que ce concert ait lieu. Pas grave, on n’est plus à ça près.

Comme il est 22h00, et que le concert se termine (à l’heure prévue, wahou, enfin un succès!), il ne reste plus qu’à ranger le bazar, pour faire comme si de rien n’était, puis cuire la saucisse de chez Liesta et chercher les frites chez Luigi, parce que bon, ils ont bien mérité de manger du bon gras, ces jeunes! Et me voilà bien seul, lorsque Suzy, finissant son service, s’en va. Mais le boulot est fait, et bien fait j’espère. En tous cas, l’ensemble des musiciens m’a paru satisfait, ce qui est pour moi le gage d’une journée de travail accomplie. En vérité, je n’en attendais pas plus, ma soirée était censée se terminer dans la même belle lose qu’elle avait commencé, comme je l’aime, si ce n’est que les pros, les vrais, les vainqueurs, ce qui ont les tour-bus et la petite bouteille d’eau minérale à côté du micro, on les paye pour jouer une heure, et ils vont pas te faire une minute de plus, parce que…je sais pas pourquoi en fait. N’empêche que les pros, ceux que je ne vois pas, et bien ils ont fini. Alors me voilà avec un raz-de-marée à minuit, les gens affluent. Nous, on a rangé les cymbales et les baffles depuis longtemps, puisque je veux pas embêter trop longtemps, et que, somme toute, on avait assez fait le tintamarre; mais je sais que je peux pas abandonner; pas maintenant, chacun des euros que je vais rentrer dans ma pauvre caisse ira à financer les saucisses, les frites, les frais de déplacement, les bières…un par un, en rentrant, ils donnent l’impression à LA grosse machine que ce qui se passe ici, tous les jours, est bel et bien justifié, et donc légitime sa présence. Mais ça, je suis seul à savoir ça, car je suis le seul à avoir une vision globale de tout ce qu’engendre l’organisation frénétique de concerts de groupes non-bankables. Mais c’est mon problème, en fait, non?

Au final, pour que je le fasse, il faut bien que j’en retire quelque chose, car il semble aux dernières nouvelles que je suis TOUT A FAIT sain d’esprit, et une personne saine d’esprit ne fera rien qui lui nuit. Moi, je sais ce que j’en retire. Mais ça ne regarde personne d’autre que moi.

Voilà, je fais ça peut-être parce que RIEN vaut que je le fasse.

1 Commentaire

  1. Sandrine dit : Répondre

    Très très joli…

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